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Quelles familles ont recours à l’aide alimentaire et quelle est l’alimentation de leurs enfants ? Étude chez les familles sans domicile

L’insécurité alimentaire constitue un enjeu croissant de santé publique, touchant une part non négligeable de la population, avec une prévalence particulièrement élevée parmi les jeunes et les familles confrontées à des conditions de vie très précaires. Les dispositifs d’aide alimentaire, notamment la distribution de colis alimentaires, jouent un rôle important pour répondre aux besoins des populations en situation de précarité. Cependant, les déterminants sociaux et familiaux associés au recours à ces dispositifs et leurs liens avec l’alimentation des enfants restent encore peu documentés, notamment parmi les familles en extrême précarité comme les familles sans domicile.

Dans cette nouvelle étude publiée dans BMC Public Health, Alexandra Descarpentrie et ses co-auteurs ont étudié les facteurs socio-écologiques associés au recours aux colis alimentaires et comparé les profils alimentaires des enfants selon que les familles avaient ou non recours à ces dispositifs. L’étude s’appuie sur les données de l’enquête ENFAMS, menée en 2013 par l’Observatoire du Samu social de Paris auprès d’un échantillon aléatoire de 801 familles sans domicile hébergées dans des structures d’accueil en Île-de-France. Les données ont été recueillies lors d’entretiens réalisés auprès des parents, principalement migrants, dans 17 langues différentes. L’analyse des habitudes alimentaires concernait 235 enfants âgés de 6 à 12 ans.

Les résultats montrent qu’environ 60 % des parents avaient eu recours à des colis alimentaires au cours du mois précédant l’entretien. Le recours était particulièrement fréquent chez les familles confrontées à plusieurs formes de vulnérabilités sociales, notamment celles disposant de faibles revenus, sans emploi, récemment arrivées en France, ayant une maîtrise limitée du français, une situation administrative non régularisée ou bénéficiant d’un faible soutien social. Chez les enfants, le recours aux colis alimentaires était associé à une moindre consommation de légumes et de produits laitiers.

Bien qu’observationnelle, cette étude souligne l’importance d’adopter une approche socio-écologique de l’aide alimentaire, tenant compte des multiples déterminants sociaux associés au recours à ces dispositifs, ainsi que les conditions dans lesquelles les familles accèdent à l’alimentation et se nourrissent. Elle invite également à mieux documenter le contenu des colis, ainsi que les préférences des familles, afin de proposer une aide diversifiée et adaptée. Plus largement, si l’aide alimentaire constitue une réponse essentielle aux besoins immédiats, elle ne peut, à elle seule, agir sur les déterminants structurels de l’insécurité alimentaire. La réduction des inégalités nutritionnelles nécessite ainsi une approche intégrée de santé publique, associant amélioration des dispositifs d’aide, accompagnement social et création de conditions durables permettant à chacun d’accéder dignement à une alimentation choisie et de qualité.

Par Alexandra Descarpentrie (PhD Inserm réalisé sous la direction de S. Lioret et soutenu en novembre 2023) & Sandrine Lioret (DR Inserm)

sandrine.lioret@inserm.fr

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