Maintenir la portée et l’engagement dans l’essai ECAIL face aux crises sanitaire, économique et sociale
Comment maintenir une intervention de santé publique auprès de familles en situation de vulnérabilité sociale lorsque surviennent des crises majeures ?
Un nouvel article publié dans PLOS ONE apporte des éléments de réponse à partir de l’essai ECAIL (prEgnanCy and eArly Childhood nutrItion triaL). Lancé en 2017 dans les Hauts-de-France, ECAIL évalue une intervention multicomposante de prévention du surpoids de l’enfant, proposée de la grossesse aux deux ans de l’enfant, en partenariat avec le programme Malin.
La pandémie de COVID-19 a interrompu le recrutement et les visites à domicile en mars 2020, avant une reprise progressive sous des modalités adaptées. Elle a été suivie par l’inflation et la crise du coût de la vie, susceptibles d’accentuer les difficultés des familles. L’étude visait donc à analyser comment la mise en œuvre et la portée d’ECAIL ont évolué dans ces contextes.
L’équipe a utilisé une approche mixte, combinant les données quantitatives du site de Lille (5 744 questionnaires d’éligibilité et indicateurs de recrutement, participation et suivi) aux expériences de six diététiciennes recueillies lors d’un entretien collectif.
La proportion de femmes enceintes éligibles est passée de 29,7 % avant la pandémie à 33,6 % après la reprise, témoignant d’un contexte socio-économique plus difficile. Malgré les crises successives, la participation est restée globalement stable, autour de 25 %. Les données qualitatives soulignent l’importance de la reprise rapide des visites à domicile, particulièrement appréciées dans un contexte d’isolement social. Le contact téléphonique préalable aux visites, initialement instauré pendant la pandémie, a également été associé à moins de déplacements infructueux.
Ces résultats ne permettent pas d’attribuer causalement le maintien de la participation à une adaptation particulière, mais soulignent l’intérêt de modalités d’intervention souples, capables de préserver le lien avec les familles et de s’adapter aux contraintes du terrain. Ils montrent aussi que les familles confrontées aux formes les plus sévères d’instabilité restent difficiles à atteindre, soulevant des enjeux d’équité.
Au-delà d’ECAIL, cette étude rappelle qu’évaluer une intervention de santé publique ne consiste pas seulement à déterminer si elle fonctionne, mais aussi à comprendre comment elle est mise en œuvre, quelles populations elle atteint et comment elle s’adapte à l’évolution des contextes. Ces dimensions sont essentielles pour développer des interventions accessibles aux familles en situation de vulnérabilité sociale et contribuer à réduire les inégalités sociales de santé.
Par Sandrine Lioret (DR Inserm)