Vitesse de marche clinique, cadence de marche en vie réelle et mortalité
La vitesse de marche est un indicateur de santé établi, particulièrement chez les personnes âgées, et est associée au risque d’incapacité, de maladies chroniques et de décès. Elle est le plus souvent mesurée lors d’un court test de marche réalisé en cabinet ou en centre d’examen et constitue un instantané qui ne reflète pas nécessairement la façon dont une personne marche réellement au quotidien.
Avec le développement et la démocratisation des accéléromètres, il est aujourd’hui possible d’enregistrer l’activité des participants pendant plusieurs jours dans leur vie de tous les jours et d’en déduire leur cadence de marche, c’est-à-dire le nombre de pas par minute de marche. La cadence est une composante de la vitesse de marche et pourrait en constituer une alternative, plus facile à recueillir à grande échelle. Mais ces deux mesures sont-elles aussi informatives pour identifier les personnes à plus haut risque de décès ?
Notre étude visait à répondre à cette question en comparant l’association de la vitesse de marche clinique et de la cadence de marche mesurée en vie réelle avec la mortalité toute cause, ainsi que leur capacité à distinguer les personnes qui décèdent de celles qui survivent.
Nous avons utilisé les données de la cohorte britannique Whitehall II, dans laquelle des fonctionnaires sont suivis depuis la fin des années 1980. L’étude a inclus 4 067 participants qui, en 2012-2013, ont vu leur vitesse de marche mesurée lors d’un court test de marche à leur allure habituelle. Ces participants ont également porté un accéléromètre au poignet pendant environ neuf jours, ce qui nous a permis de calculer deux indicateurs de cadence : la cadence médiane et la cadence des marches les plus rapides (95ème percentile). Leur mortalité a ensuite été suivie pendant environ douze ans grâce au registre national de mortalité, et nous avons tenu compte de facteurs de risques connus de la mortalité incluant des informations sociodémographiques, sur le style de vie, et sur l’état de santé.
Nos résultats montrent qu’une vitesse de marche clinique plus élevée, tout comme une cadence de marche en vie réelle plus élevée, est associée à un risque de décès plus faible, chez les femmes comme chez les hommes. Surtout, les trois indicateurs présentent une capacité similaire à discriminer les personnes à risque. Les corrélations entre la vitesse de marche clinique et les métriques de cadence de marche en vie réelle sont faibles, ce qui suggère qu’elles décrivent des aspects différents de la marche et qu’elles ne sont pas interchangeables. Seule la vitesse de marche clinique améliorait la discrimination d’un modèle contenant déjà l’ensemble des facteurs de risque connus, et combiner les deux types de mesures n’apportait pas de bénéfice supplémentaire une fois l’état de santé pris en compte.
Ces résultats montrent que les deux approches peuvent être utilisées dans les études épidémiologiques, le choix dépendant des objectifs de recherche et des contraintes pratiques. Le test de marche est rapide à conduire, peu coûteux et facile à mettre en œuvre, tandis que l’accéléromètre permet un suivi sur plusieurs jours et peut être exploité dans des études qui n’avaient pas été conçues pour mesurer la marche. La diffusion des objets connectés grand public pourrait par ailleurs permettre, à terme, d’intégrer la cadence de marche dans le suivi médical.
Notre étude présente toutefois des limites : il n’existe pas de méthode standardisée pour calculer la cadence de marche, et nos résultats n’ont pas été vérifiés dans une cohorte indépendante. Des travaux complémentaires sont donc nécessaires pour les confirmer et mieux comprendre les mécanismes qui relient la vitesse de marche clinique, la cadence de marche en vie réelle, et la santé.
Par Rayane Haddadj, PhD candidate (Norwegian University of Science and Technology)
Crédit photo : Davis Brown – Pexels – https://www.pexels.com/fr-fr/photo/homme-femme-marcher-buisson-15913972/