Actualités

Profils multicomportementaux dans les deux premières années de vie et association avec le surpoids à 5 ans

Le surpoids (obésité incluse) touche plus de 390 millions d’enfants et d’adolescents dans le monde, dont 35 millions d’enfants de moins de 5 ans. Sa présence dès l’âge préscolaire suggère que certains facteurs de risque agissent très tôt. Les « 1 000 premiers jours », de la conception aux deux ans de l’enfant, constituent ainsi à la fois une période de vulnérabilité pour la santé future et une fenêtre d’opportunité privilégiée pour prévenir le surpoids et promouvoir la santé.

Bien que l’obésité ait une étiologie complexe, jusqu’à 50 % des cas chez l’enfant pourraient être liés à des facteurs de risque potentiellement modifiables au sein de l’environnement familial. Il s’agit notamment des pratiques alimentaires parentales (comme l’absence d’allaitement ou une diversification alimentaire précoce) et des comportements liés à la balance énergétique de l’enfant : consommation d’aliments à forte densité énergétique, faible activité physique, temps d’écran élevé ou sommeil insuffisant.

Ces pratiques et comportements sont le plus souvent étudiés séparément, alors qu’ils coexistent au sein de profils « multicomportementaux » susceptibles d’avoir des effets synergiques sur la santé. Pourtant, ces profils ont été peu étudiés au cours des deux premières années de vie, et aucune étude n’a simultanément intégré les pratiques alimentaires parentales, les comportements liés à la balance énergétique, les loisirs sans écran et la qualité du sommeil.

Notre étude visait à identifier de tels profils, puis à évaluer leur association avec le surpoids à 5 ans et l’âge au rebond d’adiposité, un rebond avant 5 ans constituant un facteur de risque reconnu de surpoids ultérieur.

Au sein de la cohorte de naissance ELFE (Etude Longitudinale Française depuis l’Enfance), les pratiques alimentaires parentales et les comportements liés à la balance énergétique ont été recueillis entre 2 mois et 2 ans par questionnaire parental, et les données anthropométriques extraites du carnet de santé. Une analyse en composantes principales portant sur 18 variables a permis d’identifier les profils (n = 13 121), dont les associations avec le surpoids à 5 ans (n = 8 388) et l’âge au rebond d’adiposité (n = 7 845) ont été étudiées par régressions multivariées.

Trois profils ont été identifiés :

  1.  « Diversification alimentaire précoce, consommation d’aliments gras, sucrés ou salés, temps d’écran élevé »
  2. « Alimentation équilibrée, activités de loisir autres que les écrans »
  3. « Pratiques alimentaires parentales favorables, faible consommation de produits laitiers, sommeil sous-optimal »

Le premier profil était associé au surpoids à 5 ans et à un rebond d’adiposité plus précoce. Les associations entre le troisième profil et les indicateurs anthropométriques étaient de taille comparable, mais n’atteignaient pas la significativité statistique. Aucun lien n’a été observé avec le deuxième profil.

L’étude conjointe de ces pratiques et comportements sous forme de profils offre une vision plus globale et plus proche des situations réelles. Notre étude montre qu’ils se structurent dès les deux premières années de vie en profils distincts, dont certains sont associés au surpoids quelques années plus tard, et constituent ainsi des cibles pertinentes pour la prévention et la promotion de la santé.

Ces résultats soulignent l’intérêt de développer des interventions précoces, intégrées et multicomportementales. Toutefois, ces pratiques et comportements étant fortement marqués par des inégalités sociales, ces interventions ne pourront se limiter à l’information des parents. Elles devront également mobiliser des leviers structurels pour renforcer le pouvoir d’agir des familles en situation de vulnérabilité sociale et contribuer à réduire les inégalités sociales de santé dès le début de la vie.

  • https://link.springer.com/article/10.1186/s12966-026-01941-w

Par Mélissa Baietto PhD Student, Sandrine Lioret DR Inserm

Membres

Right
Back to top