Trouble de stress post-traumatique et dépression du postpartum après naissance par césarienne
Les troubles de la santé mentale maternelle sont relativement fréquents au cours de la période périnatale, en particulier les troubles de l’humeur et ceux liés au trauma, qu’il s’agisse d’épisodes inauguraux ou de rechutes. Lorsqu’ils ne sont pas identifiés ou pris en charge, ces troubles peuvent affecter de manière significative la santé de la mère, le développement de l’enfant et le fonctionnement familial. Malgré ces enjeux, ils demeurent souvent sous-diagnostiqués pendant le postpartum. Il est donc essentiel que les professionnels de périnatalité reconnaissent l’importance d’évaluer systématiquement le bien-être psychique des mères après l’accouchement, période qui constitue une véritable opportunité pour un repérage et une intervention précoces.
Identifier les femmes les plus à risque représente cependant un défi important. Il a été retrouvé que la césarienne était associée à une prévalence plus élevée de troubles psychiatriques, et dans un contexte où les taux de césarienne ne cessent d’augmenter, il devient crucial de mieux comprendre ses conséquences sur la santé mentale maternelle. Deux troubles en particulier – le trouble de stress post-traumatique lié à l’accouchement (PTSD) et la dépression du postpartum (PPD) – ont récemment gagné en visibilité en raison de leur fréquence, de leur impact et de leur tendance à coexister. Ils partagent plusieurs facteurs de risque communs et pourraient impliquer des mécanismes physiopathologiques liés.
Le PTSD lié à l’accouchement peut résulter d’une expérience de la naissance vécue comme traumatique. Les études disponibles rapportent une incidence comprise entre 4 % et 20 % au cours de la première année après une césarienne. Plusieurs éléments du contexte obstétrical ou du postpartum peuvent en augmenter le risque : déclenchement du travail, hémorragie du postpartum, absence de peau-à-peau avec le nouveau-né, douleur postopératoire.
La dépression du postpartum est définie par des symptômes dépressifs cliniquement significatifs, voire un épisode dépressif caractérisé, survenant dans les 12 mois après l’accouchement. Elle constitue une cause de morbidité et de mortalité maternelle. Après une césarienne, sa prévalence est estimée entre 20 % et 40 %. Outre les facteurs psychosociaux, certains éléments spécifiques à la césarienne peuvent augmenter le risque d’avoir des symptômes en post-partum : contexte d’urgence avant ou pendant le travail, manque de soutien social, douleur postopératoire, et possiblement l’anémie du postpartum.
Dans ce contexte, deux grandes stratégies de dépistage sont envisageables : un dépistage universel proposé à toutes les femmes, ou un dépistage ciblé fondé sur l’accumulation de facteurs de risque ou sur la perception d’un accouchement traumatique. Les auto-questionnaires pourraient être un outil pour repérer les femmes présentant des symptômes évocateurs de PTSD ou de PPD après leur accouchement, afin de les orienter vers une évaluation spécialisée si nécessaire.
Le dépistage, la prévention et la prise en charge précoce de ces troubles devraient faire partie intégrante des soins périnataux après une césarienne. Les soins immédiats avant la sortie de maternité et la visite postpartum constituent des moments clés pour évaluer l’état psychique maternel et prévenir la chronicisation des troubles. Par ailleurs, lors du choix du mode d’accouchement, les considérations relatives à la santé mentale maternelle à moyen terme pourraient être envisagées en complément des bénéfices et risques obstétricaux à court terme.
Par Alizée FROELIGER, Catherine DENEUX-THARAUX