Santé des personnes fragiles sans maladie chronique : un état de santé encore méconnu
Très heureux de partager deux articles récemment publiés, issus d’une collaboration avec Paula Stürmer de l’Université de Kiel, réalisée pendant son post-doctorat au sein du laboratoire EpiAgeing.
Ces deux travaux s’intéressent à un groupe de personnes relativement peu étudié : les personnes fragiles qui ne présentent pas de maladie chronique diagnostiquée.
Généralement étudiée dans le contexte du vieillissement, de la multimorbidité et des maladies chroniques, la fragilité peut également être observée chez des personnes d’âge moyen qui semblent être en bonne santé.
Ces personnes peuvent être particulièrement faciles à « manquer » : en l’absence de maladie diagnostiquée, elles ont a priori peu de raisons d’être en contact avec le système de santé.
Nous nous sommes donc posé une question simple : qui sont ces personnes ? La fragilité (ou la pré-fragilité) en l’absence de maladie chronique est-elle simplement un artefact de mesure, ou un état de santé réellement différent ?
🧬 Dans le premier article, nous avons étudié leur profil physiologique. Parmi plus de 117 000 adultes d’âge moyen sans maladie chronique de la UK Biobank, fragilité et pré-fragilité était associées à des altérations de plusieurs systèmes physiologiques, en lien avec l’adiposité, le métabolisme du glucose, l’inflammation, ainsi que les fonctions hépatique et rénale.
⏳ Dans le deuxième article, nous avons cherché à comprendre ce que deviennent ces personnes au cours du temps. Parmi plus de 183 000 adultes d’âge moyen sans maladie chronique, suivis pendant 13,8 ans (durée médiane), les personnes fragiles (ou pré-fragiles) présentaient un risque significativement plus élevé de développer des maladies chroniques et de décéder. La fragilité était également associée à un risque accru de mortalité après l’apparition d’une maladie. Fait important, ces associations persistaient même après avoir exclu les événements survenus au cours des 10 premières années de suivi.
Que faire pour ces personnes ? Nos travaux ne permettent pas de répondre à cette question. Mais ils mettent en évidence un possible angle mort de la santé publique : des personnes qui sont déjà fragiles, mais qui peuvent rester largement invisibles pour les systèmes de santé parce qu’elles ne présentent pas encore de maladie diagnostiquée.
Un grand merci à Paula Stürmer ainsi qu’à toutes les personnes impliquées dans ces travaux, et à IReSP – Institut pour la Recherche en Santé Publique, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, ANR (Agence nationale de la recherche), Programme prioritaire de recherche (PPR) Autonomie, Models of Autonomy et le DAAD Deutscher Akademischer Austauschdienst pour leur soutien à ces recherches.
Par Benjamin Landré (Post-doctorant, Inserm)