Contexte

Il existe de fortes inégalités sociales de santé pour les maladies liées à l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité. Ces comportements, impliqués dans la balance énergétique, sont socialement différenciés et entraînent une plus forte prévalence de l’obésité dans les milieux défavorisés, dès le plus jeune âge. Au-delà des contraintes budgétaires, ces disparités résultent aussi de facteurs structurels (ex : disponibilité et accessibilité à des aliments de qualité) et socio-culturels (ex : représentations et normes sociales). Nous manquons toutefois de données épidémiologiques concernant les populations en situation de plus grande vulnérabilité sociale, plus difficiles à enquêter. Une meilleure connaissance des facteurs de risque qui leur sont plus spécifiques est pourtant indispensable pour renforcer l’efficacité des actions de santé publique.

Le paradigme des origines précoces de la santé renforce l’opportunité de cibler les 1000 premiers jours, comprenant la grossesse et les 2 premières années de vie, pour promouvoir des comportements favorables à la santé. Cependant, les programmes universels d’éducation à la santé ont peu d’impact sur les populations défavorisées et trop rares sont les interventions précoces adaptées et menées auprès des familles en situation de vulnérabilité sociale. Pour être plus équitables, ces actions doivent dépasser la seule information et comporter des leviers structurels, les seuls à même de renforcer le pouvoir d’agir des individus vis-à-vis des comportements de santé.

Dans un contexte de précarité et d’insécurité alimentaire croissantes, le projet EQUI-START est structuré autour de deux objectifs complémentaires à mener sur 3 ans, à partir de janvier 2025.

Objectifs

Le 1er objectif résulte d’une précédente analyse en population générale (cohorte ELFE) ayant révélé que différentes dimensions de la position socio-économique des parents (niveau d’études, profession, revenus) étaient inversement associées au risque de surpoids à 3,5 ans ; les enfants de parents immigrés étaient également plus à risque quelle que soit leur position socio-économique (Le Gal et al, Sci Rep, 2024 ; doi: 10.1038/s41598-023-48431-8).

Nous cherchons à mieux comprendre les mécanismes de construction de telles inégalités sociales de surpoids chez le jeune enfant. Nous évaluons dans quelle mesure les comportements liés à la balance énergétique des enfants dans les 2 premières années de vie, envisagés sous forme de profils multi-comportementaux, expliquent le gradient social inverse du surpoids dès 3.5 ans, tout en appréciant les déterminants sociaux de manière holistique

Chercheuse mobilisée à plein temps (doctorat) : Mélissa Baïetto

Le 2ème objectif consiste à finaliser l’essai contrôlé randomisé ECAIL (Lioret et al., BMC Public Health, 2025 ; doi: 10.1186/s12889-025-25004-0), pour évaluer l’efficacité d’un programme de prévention de l’obésité infantile mené dans les 1000 premiers jours auprès de familles en situation de vulnérabilité sociale. Il s’agit du programme Malin, qui comprend :

  • un accompagnement nutritionnel personnalisé des familles dès la grossesse: promotion de l’allaitement maternel, conseils/astuces pour une alimentation plus équilibrée, des modes de vie plus actifs et une moindre exposition aux écrans ;
  • un volet structurel non stigmatisant de réduction du coût de l’alimentation de qualité:
    • dès la grossesse : paniers de fruits/légumes frais issus de circuits courts, >100 produits d’épicerie bio (ventes en ligne), et ustensiles de cuisine/petit électro-ménager à prix réduits (vente en ligne)
    • à partir des 6 mois de l’enfant : bons de réduction pour des produits de qualité pour l’alimentation infantile et familiale, utilisables dans tous les supermarchés.

L’analyse fine des processus de l’intervention, à la croisée de l’épidémiologie et des sciences sociales, permettra de mieux comprendre dans quel contexte, pour qui et à quelle dose l’intervention a été le plus utile, d’identifier les leviers qui ont été influencés par l’intervention (mécanismes de l’action) et les obstacles. Ces résultats permettront de renforcer le programme Malin qui, depuis son lancement il y a 10 ans, a déjà touché 250 000 jeunes enfants et qui ambitionne, à terme, à accompagner plus de 300 000 enfants et familles défavorisées en France.

Chercheurs et chercheuses mobilisés à plein temps : Tori Jacobsen, Lucie Vanhoutte, Ketevan Marr, Yannis Sakellaris.

Partenaires : Programme Malin (association loi 1901), Croix-Rouge française, Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), Société française de pédiatrie (SFP), CHU de Lille, CH de Valenciennes.

 

Schéma conceptuel du programme de recherche EQUI-START

Publications issues du projet

Poquet D, de Lauzon-Guillain B, Ley D, Charles MA, Sauvegrain P, Lioret S. Intentions, practices, and social representations regarding breastfeeding among women experiencing social disadvantage: findings from the qualitative component of the ECAIL trial. Int Breastfeed J. 2026 Jan 23;21(1):22. doi: 10.1186/s13006-026-00812-1.

Lioret S, Sion O, Hincker P, Béghin L, de Lauzon-Guillain B, Cavalli B, Salinier C, Turck D, Perez N, Subtil D, Brun S, Charlier M, Creps E, Dehon A, Le Gal C, Poquet D, Sauvegrain P, Heude B, Deplanque D, Meyran D, Devouge P, Ley D, Charles MA. Home visiting intervention over pregnancy and the first two years of life to promote healthy feeding practices and energy balance-related behaviors and prevent obesity risk in children from socially disadvantaged families: protocol for a participant-blinded, two-arm, parallel-group randomized controlled trial-the ECAIL study. BMC Public Health. 2025 Oct 29;25(1):3659. doi: 10.1186/s12889-025-25004-0.

 

Financement du projet EQUI-START : Fonds AXA pour le progrès humain

https://www.youtube.com/watch?v=ek7oLGI3LqM